La maladroitesse

Je sais pas si c’est l’automne. Ou le vin. Ou le rouge à lèvres que je me suis mis tout croche. Ou tes yeux qui eux sont ben drette alignés. Ou mes cheveux qui sont plus courts que longs.

Je sais pas si c’est juste toi qui a les lunettes mal ajustées. Qui a mis un pull qui sent le fond de garde-robe. Des souliers de punk.

Je sais pas, c’est peut-être le mélange de nous deux. Mon top de tête qui arrive au départ de ton menton. Tes doigts exactement deux fois larges comme les miens. Nos fossettes qui existent pas.

Je sais pas c’est quoi qui s’est passé pour qu’on vire mal de même. C’est tu parce qu’on s’est dit dès le départ que ça serait tout croche? Ou juste parce que j’arrive pas à dealer avec toi pis que je suis pas capable de me l’avouer.

Je suis croche de l’intérieur de mon dedans de fille qui assume pas ses incongruités. Je suis toute pleine de la crochitude du chemin que j’ai choisi, celui qui est trop droit, celui que je voudrais me faire croire que peut-être qu’il m’a été imposé finalement. Pis aussi je dis tout ça mais je prends bien grand soin de mettre beaucoup de mots inutiles, pour camoufler la vérité en dessous de trois quatre couches de longues phrases sans virgule. Dans ta face Proust.

C’est peut-être aussi la température, le mois de novembre, le soleil qui a crissé son camp. C’est peut-être la faute de la rue Saint-Laurent qui est trop bruyante, trop plein de monde. Ça me gosse le monde. C’est sûrement juste la musique que j’écoute. Je le savais que Richard Desjardins c’était pas une bonne idée pour cette période là. Ça aurait été plus simple d’écouter du Katy Perry, croire les gens qui me disent qu’on se ressemble, dans ma tête leur dire ben voyons don’ caliss.

Je sais pas c’est quoi. C’est peut-être le genou que j’ai jamais voulu mettre par terre. Par force de caractère ou juste par pure innocence. Tsé, croire que tout va bien aller, que je peux réussir. L’échec existe pas, c’est un mot pour les autres, moi ça m’atteint pas.

Sauf que des fois, seule, entre deux livres que j’arrive juste à lire à moitié concentrée, je me dis criss fuck, l’échec je l’ai en pleine face pis c’est pas vrai que fermer les yeux c’est la best solution. Même si c’est facile.

Je mets ça sur le dos de la maladroitesse. Oui, oui, ce mot qui n’existe pas. Pis? J’ai toujours été un peu maladroite. Pas assez pour que ce soit cute. C’est pas de la maladroitesse de verres de vin cassés ou de petits orteils cognés sur le coin de mur. Je suis maladroite des sentiments, pis des humains, pis de toutes sortes d’affaires intangibles. C’est une maladroitesse qui crée toute sortes de remous, dans ma tête mais aussi dans le creux de mon ventre, là où c’est bas, là où y’a la mer.

Je voudrais être agile, être capable de naviguer sans peine, trouver un peu toujours les bons mots, le geste juste correct, celui qui passe bien.

Sauf que je suis meilleure pour sauter dans les flaques, éclabousser du malheur un peu partout, jusque dans tes longs cils.

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